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Usines à débats 1/4 : « Dire ce que l’on fait, et faire ce que l’on dit »

Stratégie
mardi 01 avril 2025

Méthaniseurs, centrale d'enrobé, usine chimique... Des entrepreneurs béarnais ont raconté à Placéco Béarn comment ils parviennent à faire accepter, sur le leur territoire, ces projets dont personne ne veut en face de son jardin.

L'industrie chimique du bassin de Lacq est de plus confrontée à des questions d'acceptabilité. | Photo OT Cœur de Béarn

S’implanter, développer ses activités, et se maintenir sur un territoire a tout d’une aventure pour une entreprise. Et dans certains secteurs, l’acceptabilité sociale – liée aux risques et nuisances, entre autres – figure parmi les défis à relever.

Placéco Béarn a interrogé trois dirigeants de sociétés béarnaises confrontés à l’hostilité, voire au rejet, de riverains ou d’associations visant leurs projets : Guy Laborde à propos de l'implantation d'une centrale à béton à Escout (près d'Oloron), Régis Junqua concernant le projet de méthaniseur Méthagri Pau-Est à Artigueloutan, et Bertrand Leroux au sujet des sites Arkema de Lacq et Mourenx. Nous avons voulu savoir comment ils gèrent ces situations, et recueilli leur point de vue. En préambule, Audrey Le Bars, PDG du Groupement d’Intérêt Public Chemparc en charge de la revitalisation du bassin industriel de Lacq, livre son éclairage. Celle qui est aussi directrice de projet pour Territoires d'industrie Lacq-Pau-Tarbes expose sa vision de l’acceptabilité des entreprises, un enjeu devenu sensible ces dernières années.

Les problématiques d'acceptabilité ont pris de l'ampleur ces dernières années sur le bassin industriel de Lacq. Quelle est votre approche de ces sujets, devenus sensibles ?
En tant que nouvelle PDG du GIP Chemparc, je m'engage tout d’abord à aborder les problématiques d'acceptabilité de manière proactive et inclusive. Ma stratégie repose sur l'établissement d'un dialogue ouvert avec les parties prenantes, l'implication active de la communauté locale, la mise en avant de projets durables, des programmes de sensibilisation, un suivi rigoureux des indicateurs de performance, et une collaboration étroite avec les acteurs industriels de la région. Avec cette approche équilibrée, je suis confiante que nous pourrons transformer les défis en opportunités et assurer le développement du bassin industriel de Lacq tout en préservant le bien-être des habitants et des territoires. Il est important de rappeler que le bassin de Lacq et ses industriels n’ont cessé de progresser sur les sujets de sécurité, sûreté et nuisances, en cohérence avec l’évolution de la législation et des technologies. Les porteurs de projet évoluent dans un contexte réglementaire, et Chemparc est missionné pour les accompagner dans cette démarche. Par exemples, le GIP s’est engagé avec 15 industriels dans le programme Zibac (zone industrielle bas carbone) dans lequel l’acceptabilité sociétale a été positionnée aux prémices de chacune de nos actions. Puis, avec la récente pose de la première pierre de Caremag, une nouvelle unité industrielle s’implante dans une démarche forte d’économie circulaire intégrant des standards élevés en la matière. Enfin, la trajectoire stratégique définie et portée par Chemparc intègre les questions des consommations de ressources.

« L’initiative doit venir de l’industriel »

Le Territoire d'industrie Lacq-Pau-Tarbes que vous animez a pour slogan « Une réindustrialisation territoriale pour un avenir décarboné ». Pouvez-vous expliquer la démarche et les actions mises en œuvre pour atteindre ces deux objectifs, qui semblent presque antinomiques ?
Je ne suis qu’animatrice opérationnelle, avec une gouvernance désignée publique-privée. Cet oxymore n’en est pas un. Il s’agit surtout d’une question d’équilibre entre l’emploi, l’économie et l’écologie ; avec des enjeux de souveraineté dans un monde où la guerre commerciale est déclarée. Vaut-il mieux que ces industries se développent ailleurs avec des standards moins élevés et des coûts carbone pour acheminer ces produits ? C’est tout l’enjeu de Territoire d’industrie Lacq-Pau-Tarbes, qui a l’ambition de contribuer à résoudre cette équation. Par ailleurs, la démarche vise à concilier réindustrialisation et décarbonation par une approche intégrée et innovante. Nous encourageons le développement des industries en leur permettant d’investir dans des technologies vertes et des processus de production durables. Nos actions incluent la promotion des énergies renouvelables, l'amélioration de l'efficacité énergétique et la mise en place de solutions circulaires pour réduire les déchets. De plus, nous travaillons en étroite collaboration avec les entreprises locales, pour les accompagner dans leur transition écologique, tout en garantissant la création d'emplois et le maintien d'une activité industrielle dynamique. Il s’agit d’une orientation forte en lien avec les stratégies européenne, nationale. Elle est portée et déployée collectivement. Cette synergie entre développement industriel et respect de l'environnement est essentielle pour bâtir un avenir durable pour notre territoire.

À lire également - Bassin de Lacq : « l'image que l'on s'est bâtie porte ses fruits »

Dangers, pollutions : certains secteurs d'activité suscitent des craintes légitimes chez les riverains. Que recommandez-vous aux dirigeants de sociétés confrontés à la méfiance, voire à l'hostilité des habitants ?
Malgré l’existence d’une histoire industrielle importante sur le territoire, les exigences des riverains demeurent légitimes, d’autres sont plus militantes. Toutes nécessitent du dialogue et de l’écoute réciproques. L’initiative à mon sens doit venir de l’industriel ou du porteur de projet, je leur recommande ainsi d’adresser cette question avec méthode en utilisant les instances existantes : Comité de suivi des sites, l’association Universlacq, des bilatérales. Mais aller au-delà des seuls riverains : services déconcentrés de l’État, collectivités, associations… afin d’expliquer, de faire de la pédagogie et d’apporter des preuves concrètes. Il convient de « dire ce que l’on fait, et faire ce que l’on dit. »

« En intégrant des pratiques durables dès le départ, les entrepreneurs peuvent se démarquer »

Les entreprises, qu'elles appartiennent au secteur industriel, agricole, des travaux publics, etc. génèrent des nuisances - odeurs et bruit entre autres -. Selon vous, en Béarn, les responsables ont-ils pris la mesure de ces problématiques, et entrepris les démarches nécessaires pour que leurs activités « se fondent dans le décor » ?
En Béarn, il est indéniable que les responsables ont pris conscience des problématiques liées aux nuisances générées par diverses activités telles que les odeurs et le bruit. De nombreuses entreprises intègrent des démarches visant à minimiser leur impact sur l'environnement et à améliorer la qualité de vie des riverains. Cela inclut la mise en œuvre de technologies moins polluantes, l'adoption de pratiques de production durables, et la réalisation d'études d'impact. Une collaboration accrue entre les entreprises, les collectivités et les citoyens est essentielle pour développer des solutions adaptées et garantir que les activités industrielles s'harmonisent avec l'environnement local, contribuant ainsi à un cadre de vie plus agréable pour tous. Nombre d'entrepreneurs, appuyés par des élus locaux souhaitant dynamiser le territoire, déplorent les contraintes jugées excessives pour préserver l'environnement.

Quel est votre point de vue sur ces questions ? Est-il possible de conjuguer création d'activité, de richesses, d'emplois, tout en épargnant le milieu dans lequel on s'implante ?
À mon sens, il est tout à fait possible de conjuguer création d'activités, richesse et emplois tout en préservant l'environnement. Les contraintes qui sont souvent perçues comme excessives doivent être vues comme des opportunités de repenser nos modèles de développement. En intégrant des pratiques durables dès le départ, les entrepreneurs peuvent innover et se démarquer sur le marché. De plus, les élus locaux jouent un rôle crucial en soutenant des initiatives qui favorisent la durabilité. Cela peut passer par la mise en place d'incitations pour les entreprises qui adoptent des technologies vertes ou des processus respectueux de l'environnement. En collaborant étroitement avec les acteurs économiques, nous pouvons créer un écosystème où la croissance économique va de pair avec la protection de notre milieu. L’engagement envers un développement durable peut non seulement attirer des investissements mais aussi renforcer la résilience économique de notre territoire à long terme. Il convient de repenser nos modèles …et de continuer le plan de progrès continu sur les activités existantes.

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