Économie d'énergie 3/4. Quatre leviers pour diminuer la consommation d'énergie
Pour Thomas Ferenc de l'Ademe, modifier les processus industriels peut permettre de diminuer la consommation d'énergie. Crédit : Ademe
Thomas Ferenc, coordinateur Décarbonation de l'industrie au sein de l'Ademe en Nouvelle-Aquitaine, explique comment enchaîner les quatre leviers pour baisser la consommation d'énergie, dans l'industrie mais pas uniquement.
Spécialiste de l'hydrogène et du biogaz, Thomas Ferenc est désormais coordinateur Décarbonation de l'industrie au sein de l'Ademe en Nouvelle-Aquitaine. Il détaille les quatre leviers possibles pour abaisser la consommation d'énergie et décarboner les activités. Ces quatre points sont liés chronologiquement.
Selon l'Ademe, le premier outil pour décarboner une activité consiste à modifier les intrants matières afin de pouvoir, par la suite, mieux valoriser les coproduits issus du processus de production. Cela peut générer de gros gisements de matières premières pour d'autres activités. L'idée est, aussi, de les utiliser dans un système d'économie circulaire. « Par exemple, en Gironde, sur la presqu'île d'Ambès, les activités de la société Nouryon engendrent une production d'hydrogène, explique Thomas Ferenc. Celui-ci peut être utilisé pour des activités voisines si l'écosystème est organisé dans cet objectif. De même, Yara importe de l'ammoniac alors qu'il existe un gisement à quelques kilomètres. Le problème est que toute une chaîne d'approvisionnement doit être pensée à échelle d'un territoire pour lever des freins techniques. »
Économies et gisements
Le second levier est l'amélioration de la sobriété énergétique. L'idée est de moins consommer en améliorant les processus industriels ou de consommer les déchets des voisins. « On estime les gisements d'énergie à 75 térawattheures [ndlr, TWh] dans l'industrie lourde, dont 40 TWh spécifiquement dans les processus et qui pourraient être économisés à la suite d'une amélioration de ceux-ci », détaille le spécialiste. Par exemple, les process peuvent améliorer la variabilité des moteurs selon les besoins, améliorer les boucles froides ou l'efficacité des chaudières. L'objectif est d'améliorer le calorifugeage des procédés, la récupération du froid ou de la chaleur fatale (issue de l'énergie consommée puis perdue). « Si on peut récupérer l'énergie ou transformer les déchets des uns en énergie pour les autres au sein, par exemple, d'une zone industrielle, le retour sur investissement du coût des installations devient intéressant. On estime à 110 TWh de chaleur perdue dans l'industrie, dont la moitié est chauffée à 110° - donc facilement réutilisable - mais produite de manière diffuse sur les territoires, donc difficilement récupérable. » Autre exemple, installer des variateurs électroniques de vitesse pour adapter la production. Thomas Ferenc assure qu'une économie de 15% d'électricité peut être réalisée ainsi. Installer un brûleur modulant améliore le rendement des chaudières et engendre une économie de 2% à 5%.
Plusieurs freins à lever
Les freins à l'adoption peuvent provenir d'un retour sur investissement long, de structures bâties anciennes et donc peu évolutives ou bien de la distance entre les réseaux. Cela peut freiner la priorisation des choix. « Il faudrait que la chaleur fatale récupérée puisse se greffer sur les réseaux de chaleur publics, cela existe parfois. Techniquement c'est tout à fait possible mais le volet juridique peut être lourd. »
Le troisième levier d'économie d'énergie consiste à substituer des énergies carbonées par des énergies moins carbonées, comme l'électricité, l'hydrogène, les biocarburants ou le biogaz. Enfin, quatrième levier : l'Ademe cite le captage et le stockage d'émission résiduelle de CO₂ mais en précisant bien que cet outil doit être utilisé en dernière intention et que les technologies ne sont pas encore matures.
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Sommaire
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