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Comment l'économie protège l'eau, un premier bilan régional

Écosystème
lundi 05 janvier 2026
Comment l'économie protège l'eau, un premier bilan régional

L'eau constitue un enjeu fort de l'industrie en Nouvelle-Aquitaine. Crédits : invest-in-nouvelle-aquitaine

Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, et Elodie Galko, directrice générale de l’Agence de l’eau, exhortent le monde économique à modifier ses pratiques et poussent les solutions adéquates.

« Si nous n'avions pas de stockage, de grands barrages, certaines zones de chez nous se désertifieraient ». Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine résume ainsi la situation à l'aube de 2026. Selon lui, « quand l'eau tombe quelque part, on doit la garder, c'est le premier défi », le deuxième étant de « faire en sorte de donner les outils nécessaires » aux entreprises pour pouvoir changer. « On ne peut pas nous demander de changer nos pratiques si on n'a pas de solution pour changer » tranche-t-il. Aux côtés d'Elodie Galko, directrice générale de l’Agence de l’eau, il a présenté, fin décembre 2025, l’état des eaux du bassin du grand Sud-Ouest.

Pour Elodie Galko, « l'enjeu est d'adapter notre territoire aux conséquences du changement climatique par une approche systémique qui relie agriculture dans les champs, le secteur de la transformation et la consommation des produits ». Le président de Région n'a pas retenu une pique envers l'Etat : « on est dans un paradoxe institutionnel absurde car le financement de ces défis est assumé par les pouvoirs publics locaux et l'Agence de l'eau mais il y a des injonctions paradoxales venant des gouvernements. Une loi sur l'eau existe et ce sont les agences et collectivités locales qui paient ».

Deux leviers d'actions du monde économique

Tous les deux alertent sur la qualité de l'eau. « On a divisé par dix la pollution des eaux aux nitrates dans les Landes en portant attention à l'agriculture, souligne Alain Rousset. La transition agroécologique et la renaturation des sites sont donc importantes mais il faut faire attention à la pollution diffuse, celle provenant des médicaments et venant des particuliers. La pollution momentanée, elle, provient de l'industrie ». Le défi consiste à avoir une bonne qualité d'eau dans les zones de captage. En France depuis les années 80, 30% des captages ont été fermés. « C'est trop » estime Alain Rousset.

Si les citoyens représentent un levier d'action important sur la qualité de l'eau, les entreprises ont également un rôle à jouer. Le président de la Région assure que les dirigeants sont conscients de la problématique et sont en ordre de marche pour y apporter des réponses. « Il n'y a pas un projet de construction d'usine qui ne prend pas en compte l'eau, que ce soit pour la vie de l'usine et en tant que fluide utile au process industriel par exemple Ceva Santé à Libourne ». Il met en exergue également l'innovation de Nouvelle-Aquitaine dont les projets visent à dépolluer l'eau.

Dix fois plus d'aides

Elodie Galko précise que les aides « ont été multipliées par dix » pour réduire les prélèvements des industries dans les milieux aquatiques. Mais elle exprime qu'en 2025, « c'est la première fois qu'on ne va pas utiliser tous les budgets car le contexte économique ne favorise pas l'investissement ». Si les pressions industrielles sur l'environnement ont fortement baissé grâce aux changements de pratiques, le contexte économique difficile ne favorise pas forcément une marche en avant positive.

Alain Rousset prend la défense des promoteurs immobiliers et constructeurs sans renoncer aux objectifs environnementaux. « Pour la protection des nappes, la désimperméabilisation avance bien en Nouvelle-Aquitaine. Et j'attends le moment où le texte de loi expliquera que construire n'est pas imperméabiliser sur la totalité du terrain. Aujourd'hui les décomptes prennent en compte la totalité du terrain or c'est uniquement la partie construite qui est imperméable. Dans le jardin, il faut des noues qui gardent l'eau et là vous pouvez construire et protéger l'eau… »

Elodie Galko insiste sur l'impérieuse nécessité de désimperméabiliser les sols. L'objectif de ne pas augmenter l'imperméabilisation de la surface du territoire à 2050 « se joue maintenant et on n'a pas le temps d'attendre » affirme-t-elle. Le président de Région renchérit. « Des fake news circulent selon lesquelles on a déjà connu de fortes précipitations mais c'est ignorer que ces phénomènes se sont multipliés par trois et qu'ils vont augmenter non seulement dans la durée mais également dans leur intensité. » Il cite l'exemple de l'ancienne usine de la Seita (Lot-et-Garonne) où l'on peut transformer les anciens locaux en logements, en école d'infirmière… « mais il faudra pouvoir d'accompagner les communes pour que ce changement soit possible ». La question du « qui paie » bien entendu reste la pierre angulaire.

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